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Loi sur la prostitution: 937 clients ont été verbalisés

Date de publication: 2019-09-24 23:42

Alors que la proposition de loi socialiste renforçant la lutte contre la prostitution devrait être adoptée ce mercredi, il y peu de risque que cette loi menace les personnes qui vendent leur corps librement sur Internet. Un contrôle automatique est aujourd'hui "impossible" car le "risque d'erreur" serait trop grand.

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La proposition de loi sur la prostitution, dont la mesure phare prévoit la pénalisation des clients, et qui sera définitivement adoptée mercredi après un long parcours parlementaire et d'âpres débats, comporte bien un volet internet. Son article 6 imposera aux hébergeurs et fournisseurs d'accès de mettre en place un système permettant aux utilisateurs de signaler des contenus frauduleux. Information qu'hébergeurs et fournisseurs d'accès devront ensuite impérativement rapporter aux autorités.

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Sandy, elle, est allée en justice contre son mari violent "mais il n’a eu que du sursis" . Mère de 7 enfants, âgés de 7 à 65 ans, la jeune femme se prostitue dès lors pour survivre. Célia aussi. Rapidement, chacune gagne plusieurs centaines d’euros par jour, une somme qui leur permet de prendre un petit appartement mais qui les expose encore et encore à la violence. Et la nouvelle loi sur la prostitution n’a fait, selon elles, qu’empirer les choses.

Prostitution sur internet : les sites d’escortes dans une

A l’exception de l’ACJE 96 qui a dispensé, vendredi dernier en Essonne , sa première session à un public de quatre clients interpellés récemment en bordure de la forêt de Sénart alors qu’ils s’apprêtaient à recourir aux services de prostituées.

Un an après l'adoption de la loi sur la pénalisation du client, un secteur reste en pleine expansion : la prostitution sur internet. Elle représenterait près des 7/8 de la prostitution en France et se développe y compris hors des grandes métropoles.

Mais un tel dispositif, qui existe déjà pour lutter contre la pédophilie et le terrorisme, se prête mal à la lutte contre la prostitution, remarque Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de la communication. La grande partie des pages pédopornographiques ou djihadistes bloquées le sont en effet via des algorithmes. Or un tel contrôle automatique est "impossible" pour la prostitution car le "risque d'erreur" serait trop grand, observe-t-il. Et d'expliquer: une machine ne peut faire la différence entre une femme dénudée et une prostituée dans une posture lascive. La "modération humaine" est davantage envisageable, mais vérifier tous les contenus nécessiterait "énormément de monde", note M. Ertzscheid.

Sur , un portail généraliste, une jeune femme propose "un instant de tendresse et de câlins" entre adultes ayant "la tête sur les épaules", le tout accompagné de photos d'elle en petite tenue. Impossible a priori de déterminer s'il s'agit de prostitution ou de la quête d'un rendez-vous galant. Idem pour cette sollicitation d'un "homme prévenant et attentionné", qui aimerait "rencontrer une femme douce pour des massages naturistes. partagés".

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Sur les 855 filles suivies par Le Mouvement du nid, à Lille, la grande majorité serait de fait d’origine africaine, victime de traite d’êtres humains. Certaines ayant plusieurs milliers d’euros, entre et , à rembourser aux passeurs. Avec l’autre grand axe de la loi, un volet social qui instaure "un parcours de sortie" de la prostitution, on fait donc un premier pas "vers un autre avenir pour ces femmes", se félicite Bernard Lemettre. Car "la loi invente un système où il faut sortir de la prostitution , détaille-t-il, à travers le versement d’une allocation et d’un suivi personnalisé. Il regrette cependant que l’allocation proposée n’excède pas quelques centaines d’euros. "On ne peut pas vivre avec 855 ou 955 euros" , reconnaît-il.

D'autant que les escorts passent déjà un temps "incroyable" à placer et déplacer leurs annonces aux quatre coins de la toile, une activité qui peut leur prendre "plusieurs heures par semaine", constate Laurent Mélito. Pour ce sociologue, qui étudie le milieu depuis des années, épurer le net de la prostitution relève de "l'illusion totale". "Les sites de rencontre type Meetic sont un des grands paramètres de mise en relation entre prostituées et clients. Puis les gens se téléphonent. Comment contrôlez-vous ça ?" , s'interroge-t-il.

"Ah oui, t’étais revenue bien amochée" , rappelle Célia avant d’énumérer les insultes au quotidien, les hommes par exemple qui passent devant elles, en voiture, en se "branlant" . "C’est dur la rue" , souffle-t-elle tout bas. Originaire du nord de la France, Célia, mère de trois garçons, est arrivée sur l’Avenue du Peuple Belge - haut lieu de la prostitution lilloise - il y a deux ans, peu après un divorce entaché de violences conjugales. A l’époque, elle quitte le foyer familial et dort six mois dans sa voiture, garée devant le Ikea. A la fin, "j’étais devenue un squelette" , résume-t-elle dans un haut rouge sans manche qui laisse aujourd’hui encore deviner sa maigreur .

Or, pour Irène Aboudaram, la nouvelle loi ne permet pas pour autant de démanteler les réseaux de prostitution puisqu’elle pousse précisément les intermédiaires à s’organiser en dehors de la voie publique, en fournissant le logement où auront lieu les passes notamment. "Ça a plutôt l’effet d’une clandestinité de l’activité. Les femmes deviennent moins accessibles. Cela risque de compromettre le travail des associations et même des autorités sur le terrain" , prévient la militante.

Internet, Sandy et Célia, elles, n’y pensent pas. "Trop dangereux, on ne sait pas sur qui on va tomber". Sur leur bout de trottoir, elles préfèrent choisir leurs clients. L’un d’entre eux a déjà été verbalisé deux fois, s’est vu notifier d’une amende et s’est fait convoquer par le tribunal. Peut-être fera-t-il partie des premiers clients lillois à se rendre, à partir de septembre, aux tout nouveaux stages de sensibilisation censés permettre une prise de conscience face à la violence faite aux personnes prostituées. Mais à quelques mètres à peine de la sortie du tribunal de grande instance de Lille, situé sur l’Avenue du Peuple Belge, des filles attendent déjà…

Porté par l’ancienne ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, le texte - qui a également aboli le délit de racolage passif, emblème des années Sarkozy - pénalise désormais, après quatre ans de débat et de controverse , les clients de prostitué (e)s d’une amende pouvant atteindre euros en cas de récidive. Selon les chiffres officiels, près d’un millier d’entre eux auraient d’ores et déjà été verbalisés dans toute la France. A Lille, ils seraient toutefois moins d’une centaine.

Un premier bilan qui satisfait les associations œuvrant pour l’abolition pure et simple du système prostitutionnel. « La volonté politique de faire appliquer cette loi est notable, se réjouit ainsi Lorraine Questiaux, déléguée pour le mouvement Le Nid. Nous attendons désormais de voir comment les stages de sensibilisation pour ces mêmes clients vont être mis en place. »